Diallo: « André Antoine méprise les Bruxellois »

Les chèques-sports ont fait se bouger des gamins qui restaient collés aux murs la journée.

Membre particulièrement actif et attentif des affaires sportives en Fédération Wallonie- Bruxelles, l’ancien boxeur et député socialiste Béa Diallo a tenu à réagir à la sortie du ministre en charge du dossier, dans Le Soir de vendredi dernier, André Antoine. L’Ixellois estime que tout n’est pas à jeter dans la politique menée durant cinq ans par le CDH, loin de là. Il récuse néanmoins certains de ses choix stratégiques.

Quel bilan tirez-vous du quinquennat Antoine ?

« Tout n’est pas à jeter, c’est certain. André Antoine a apporté beaucoup d’argent dans le sport francophone. Comme Eerdekens et Daerden en leur temps. Les fédérations ont été financées, celles d’ordinaire mises de côté ont été redynamisées. Il a mené quelques projets à terme. Par contre, je conteste ses choix stratégiques. Et sa façon de parler chiffres. »

De quels chiffres parlez-vous ?

« Lorsqu’il affirme que la Fédération Wallonie-Bruxelles a investi 473 millions d’euros en infrastructures sportives durant cette législature, c’est un mensonge. Il mélange les budgets de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région wallonne. Or, les infrastructures sportives sont une compétence régionale. De même, il se targue d’avoir fait grimper le nombre d’affiliés. Mais il n’y est pas pour grand-chose puisque ces fédérations ont elles-mêmes dû se communautariser pour bénéficier de subsides. En commission, c’est la même chose : il fanfaronne avec ses chiffres mais dès qu’il s’agit d’aller plus en détail, il n’y a plus rien de précis. »

Vous contestez également ses choix stratégiques. Lesquels ?

« Je regrette la suppression des chèques-sports. Certes, André Antoine a très largement développé les stages sportifs durant les vacances scolaires. Il a aussi créé le projet Mon Club Mon École. C’est génial, ça permet à plein de jeunes de découvrir une foule de sports, dont certains peu accessibles. Mais une fois qu’un jeune a découvert un sport, que ce sport lui plaît, il veut s’inscrire pour l’année. Et là, les parents se retrouvent rapidement confrontés à un gros problème financier. »

Ça coûte si cher que ça de faire du sport ?

« Inscrire un enfant à un sport – même le foot, sport le plus populaire d’entre tous -, ça coûte 300-350 euros par an minimum. Sans compter l’équipement, les déplacements. À Bruxelles comme en Wallonie, de très nombreux parents n’ont pas ces moyens. »

Vous prônez le retour des chèques-sports ?

« Oui. En tout cas, je suis pour la mise en place d’un dispositif de transition permettant aux jeunes qui accrochent sur un sport de continuer tout au long de l’année. Quand les chèques-sports sont arrivés, un truc extraordinaire s’est mis en place, à Bruxelles comme dans les grandes villes wallonnes. Des gamins – que j’appelle souvent les teneurs de murs car je leur disais toujours : Les gars, le mur, il ne va pas tomber, bougez-vous ! – eh bien, ces gamins-là, grâce aux chèques-sports, on est allé les chercher. On les a mis dans les salles de sport. Et ils y sont restés. Jusqu’à la suppression de ces chèques. »

Les communes n’ont-elles pas pris le relais ?

« Certaines d’entre elles ont maintenu ce dispositif sur leurs propres fonds, dans des proportions moindres. Mais ça leur coûte très cher. Bruxelles et les grandes villes wallonnes ont été particulièrement touchées. Selon moi, c’est la plus grosse erreur d’André Antoine. Il n’a pas réussi à mettre en place des mécanismes d’accès au sport pour les publics les plus fragilisés. Je lui reproche sa vision élitiste du sport en Communauté française. »

En quoi votre vision du sport diffère-t-elle de celle d’André Antoine ?

« Le sport, André Antoine le regarde à la télé en buvant une bonne bière. Et il en discute dans les cénacles. Moi je le pratique tous les jours. Et je le vis au quotidien. Auprès des jeunes, dans les associations, la rue, les écoles… »

Jugez-vous logique qu’André Antoine n’ait pas été associé aux négociations sur le stade national ?

« Il est, logiquement, victime de ce que j’appellerais un retour de flamme. André Antoine est quelqu’un qui dénigre Bruxelles, qui n’a rien à faire des Bruxellois. Il n’a aucun respect pour la capitale et ses habitants. Il ne s’en cache pas. On l’entend, on le voit dans ses choix budgétaires. Il méprise les Bruxellois. C’est une réalité. »

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